Article paru dans « Les dossiers de l'obstétrique » en Mars 2008
L'idée qui a initié l'écriture du «
Syndrome du rez-de-chaussée » fut extrêmement simple : il s'agissait d'appliquer à la grossesse, règles et principes en vigueur dans tout travail ostéopathique viscéral, et ce, avec méthode et rigueur.
En effet, si l'utérus dans sa période non-gestante a fort justement, par le passé, retenu l'attention de nombreux thérapeutes pratiquant une ostéopathie viscérale, ce même organe, lors de la phase de grossesse, se trouvait quelque peu oublié par manque de connaissance et d'intention thérapeutique à son égard. Dans nombre de publications, l'utérus était, de fait décrit comme une source de problèmes potentiels pour le bon déroulement de la grossesse, notamment à cause de spasmes indésirables et précoces. Les contractions prématurées étaient considérées, la plupart du temps, comme « l'inévitable conséquence de la nature intrinsèque de certains utérus contractiles ». Nous avons, pour notre part, été amenés à fonctionner et à penser ainsi, pendant de nombreuses années, non sans une certaine frustration, nous contentant d'améliorer autant que nous le pouvions, la posture des mères gestantes lorsqu'elles nous consultaient pour divers symptômes douloureux. Il en fut ainsi, jusqu'au jour où la nécessité d'aborder la grossesse selon les principes de globalité et d'interaction des systèmes finit par s'imposer comme une évidence. Alors, ne considérant plus l'utérus comme le seul et unique fauteur de troubles, nous tentâmes de comprendre et d'apprécier la nature des modifications de volumes et de tensions que l'expansion utérine imposait à son environnement, ainsi que les conflits qui pouvaient découler d'un manque de mobilité des viscères adjacents.
À partir de ce moment, capital dans notre parcours de thérapeute, nous exploitâmes toutes les données classiques et fondamentales du travail viscéral, sous forme de libération douce et méticuleuse des espaces de mobilité inter-viscérale, dans le but de faciliter la pleine et nécessaire expansion de l'organe utérin. Cette liberté d'expansion ayant pour objectif, d'une part, d'offrir un espace suffisant de croissance embryologique, sans le moindre frein, pour le fœtus (ainsi qu'une totale liberté de manœuvres lui permettant de se retourner lorsqu'il l'estimerait nécessaire), et d'autre part, d'éviter toute tension indésirable, susceptible de refouler l'utérus et son contenu vers le bas. Ce processus de ptose, lorsqu'il se présente de façon pathologique et prématurée, est à même de provoquer toute une cascade de problèmes péjoratifs pour le bon déroulement de la grossesse (contractions prématurées, syndrome de Lacomme, rupture de la poche des eaux, oligoamnios, dilatation du col utérin, etc.), mais il est aussi capable de porter préjudice à la croissance du fœtus. En effet, la compaction du fœtus dans un espace restreint peut engendrer nombre de problèmes ultérieurs, sur son bassin, ses membres inférieurs, son crâne ou son rachis. Afin d'éviter ces situations pénibles pour tous – parents et environnement médical, mais ne l'oublions pas, surtout pour le fœtus lui-même – nous utilisâmes les ressources habituelles du toucher ostéopathique, jouant successivement avec tous les plans tissulaires environnant ou surplombant l'utérus. Nous eûmes alors la surprise – mais en était-ce vraiment une – de constater que les manœuvres que nous pratiquions, dans le but de favoriser la libre croissance utérine, bénéficiaient, dans le même temps, à tous les autres organes adjacents dans leurs fonctions respectives. La qualité des échanges nerveux et circulatoires (artériels, veineux, lymphatiques) s'en trouvait, également, grandement amélioré. Les phénomènes de fibrose tissulaire interstitielle que nous combattions ainsi, ont eu, de tout temps, la réputation de contraindre les voies d'échanges et les moyens d'union que sont les mésos et les épiploons (omentums). Une fois encore, il nous faut insister sur le fait que nous ne faisions alors qu'appliquer les principes de base d'une ostéopathie viscérale initiée et enseignée par Jean-Pierre Barral ; simplement dans la phase gestationnelle, il s'agissait de faire face à des circonstances quelque peu exceptionnelles nécessitant une mobilité inter-viscérale optimale. Cette qualité de mobilité, initialement et normalement, prévue par la nature est, malheureusement, souvent difficile à obtenir spontanément à cause de certains phénomènes de fibrose tissulaire. Ces restrictions affectent les espaces d'articulation et de glissement entre l'utérus et l'ensemble du surplomb péritonéal qui lui est opposé, par le biais notamment des culs-de sacs vésico ou recto utérins, ou des ligaments larges. Les limitations de mobilité entre les viscères intra ou même rétro péritonéaux peuvent eux aussi affecter et retentir sur la liberté d'expansion de l'utérus gestant ou sur la posture des futures mères. Tout au long de «
Grossesse, hormones et ostéopathie » nous avons tenté de cerner les causes potentielles de tous ces phénomènes de fibroses. Un assez grand nombre de ces causes semble en rapport direct avec les paramètres de sédentarité ou de pollution de notre mode de vie actuel, ainsi qu'avec une prise répétée d'hormones synthétiques, produits dont les puissants principes actifs paraissent tout à fait capables d'engendrer des modifications tissulaires, à bas bruit, bien que profondes, au sein des organismes féminins.
Quoiqu'il en soit, et quelles que soient, au final, les véritables causes des restrictions tissulaires fréquemment constatées sur les ventres de mères gestantes, les buts poursuivis par une prise en charge ostéopathique bien assumée pendant la grossesse sont donc :
* Un confort maternel permettant d'éviter certaines plaintes fréquentes à potentiel anxiogène : sciatalgies, pubalgies, cruralgies, lourdeurs, rétention d'eau dans les membres inférieurs, essoufflements, troubles circulatoires ou digestifs.
* Un parfait confort intra-utérin pour le fœtus, lui garantissant une libre expansion dans un volume non contraignant, condition à notre sens totalement indispensable pour une pleine santé ultérieure, tant physique que psychique.
* Une nette diminution, voire même une totale suppression des phénomènes de contractions utérines prématurées ; les améliorations, dûment constatées par des enregistrements de type monitoring, pouvant, la plupart du temps, permettre d'envisager l'arrêt de substances tocolytiques aux effets secondaires souvent incertains et aléatoires.