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Morphopsychologie et corporalité (1/11)

« Chez l'Anthropoïde, presque parvenu au sommet du cône, un dernier effort s'est exercé suivant l'axe.
Et il n'en a pas fallu davantage pour que tout l'équilibre intérieur se trouvât renversé.
Ce qui n'était encore que surface centrée est devenu centre »

Teilhard de Chardin

    Notre propre corps est-il réellement et harmonieusement centré ? Nous ne savons pas grand-chose de lui, et le plus souvent, il ne se signale à nous qu'à travers symptômes ou impossibilités subites. Même lorsque nous nous observons dans un miroir, nous avons le plus grand mal à nous apprécier. Pourtant, quand un thérapeute observe un patient, avant tout, c'est un humain qui en observe un autre. Les possibilités d'interaction affectives existent pratiquement toujours : les psychanalystes connaissent bien les détournements d'objectivité qui en découlent, ils les ont nommés transferts et contre transferts, car ceux-ci peuvent exister dans les deux sens entre praticien et patient, de façon positive comme de façon négative. Afin d'éviter ces phénomènes, sources avérées de confusion, il convient d'éduquer son regard, autant que sa présence à l'autre, pour ne retenir de la confrontation visuelle que des impressions neutres et distanciées ; celles-ci seront alors validées ou non, par un toucher spécifique, qui doit nécessairement se placer lui aussi dans un espace de neutralité bienveillante. L'ostéopathie connective et tissulaire correctement utilisée permet cela.
    Mais, considérons à présent quelques grilles et modélisations basées sur les appréciations visuelles. Certaines ont retenu mon attention car elles semblaient offrir de nombreux éléments attrayants et judicieux.
    Á travers toutes les époques et les civilisations il s'en est toujours trouvé certains pour prétendre qu'il existait des relations intimes entre les formes du visage et les traits du caractère. Aristote (384-322 av. JC) a établi le premier traité de physiognomonie. Barthélémy Coclès, au XVIème siècle, en conçut un également.
    Mais c'est Franz-Joseph Gall (1758-1828), qui en Occident, au XVIIIème siècle, lança réellement la mode de cette spécialité. Gall, médecin allemand, accomplit des travaux pour tenter de localiser dans l'encéphale un certain nombre de caractéristiques humaines, comme le sens moral, l'instinct de conservation, l'intelligence, etc. Il décréta que l'on pouvait détecter ces caractéristiques par les protubérances, les dépressions et la forme du crâne.
    Cette "science" qui eut un certain succès à l'époque, notamment aux États–Unis, fut nommée phrénologie (du grec : phrenos-esprit). Gall était convaincu que quiconque ne se servait pas d'une capacité ne pouvait que la perdre et qu'en conséquence la zone du cerveau qui était associée à cette qualité inexploitée périclitait. Ainsi, les parties du cerveau que l'on utilisait préférentiellement devenaient plus volumineuses, tandis que celles que l'on négligeait étaient censées rétrécir. Cette pseudo science qu'était la phrénologie était néanmoins bien différente que ce que désire être à l'heure actuelle la morphopsychologie.
    La morphopsychologie moderne qui doit beaucoup aux travaux du Dr Corman, en est, à présent, à près de cinquante ans d'existence. Le Dr Corman a dirigé pendant quarante ans l'hôpital psychiatrique de Nantes.
    La morphopsychologie se présente comme la rencontre entre biologie et psychologie. Elle s'intéresse essentiellement au visage humain, tout en tentant de démontrer que celui-ci renvoie nécessairement au reste du corps, au conscient, à l'inconscient, et à l'intelligence en général. Un seul trait isolé du visage ne signifie rien, il est toujours interprété par rapport à l'ensemble du visage.
    La morphopsychologie prône le principe du parallélisme du psychique et du physique, comme manifestation d'une unité fondamentale de l'être. La démarche morphopsychologique ne s'appuie pas sur des données géographiques du visage, mais plutôt sur son histoire. Comment s'est-il constitué ? Comment a-t-il évolué dans le temps ? Que s'est-il passé à chaque étape de maturation ?
    Notre visage est certes l'expression de notre patrimoine génétique, mais aussi le reflet des événements que nous avons vécus et la façon dont nous en avons été affectés. C'est de l'alliance ou de l'opposition entre ces facteurs innés et acquis que s'est formé notre caractère.
    Il en est ainsi également de notre visage : nous avons en quelque sorte "la gueule de l'emploi". Notre faciès exprime, de ce fait, une rencontre entre l'univers psychologique et l'univers somatique. Bien que s'intéressant plus particulièrement au visage, la morphopsychologie désire interpréter l'interaction continue, sans cesse évolutive du corps, du psychisme et de l'environnement. Elle prétend être dynamique, rendant compte de l'évolution des traits rapportés à la psyché. En outre, elle n'établit pas d'échelles de valeur ou de jugement, même si elle tente de repérer les blocages qui empêchent le visage de s'épanouir.
    Il ne suffit pas d'être ou de se prétendre physionomiste pour pouvoir l'exercer, car sans technique et apprentissage préalable, l'individu ne fait le plus souvent que juger l'apparence des autres à l'aulne de ses propres difficultés. Cependant, les meilleurs morphopsychologues peuvent, au delà du cadre rigoureux d'une expérience acquise, faire appel, en partie, aux vertus de leurs capacités intuitives. La morphopsychologie demande certainement d'acquérir un certain regard et cela nécessite donc de s'exercer longuement.
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