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Une seule technique suffit (2/8)

    Harold Ives MAGOUN, lui-même, dans L'ostéopathie dans la sphère crânienne nous enseigne que presque toutes les parties du mécanisme crânien peuvent être utilisées, bien qu'aucune ne soit aussi efficace que la compression de l'écaille de l'occiput. La symphyse sphéno-basillaire peut être maintenue en extension contre l'effet du mécanisme crânien (alternatif) vers la flexion et produit ainsi l'effet recherché de ralentissement de la fluctuation (du liquide céphalo-rachidien, et par extension de tous les liquides corporels comme nous le verrons plus loin). Les temporaux peuvent être maintenus en rotation interne, etc.
    Le sacrum peut être également utilisé. Ainsi Pierre TRICOT dans Approche tissulaire de l'ostéopathie ; un modèle du corps conscient (un magnifique et exhaustif ouvrage que je ne regrette absolument pas de ne pas avoir consulté avant la rédaction de mon propre livre, car je crois qu'il aurait accru mon admiration et surtout mes complexes…) nous explique que le pôle inférieur de la dure-mère devient pour le temps de la technique le fulcrum (point d'appui) principal du système corporel. Il nous précise également que pour le système corporel en recherche de fulcrum, n'importe quel point d'appui vaut mieux que pas de point d'appui.
    Je suis bien évidemment d'accord avec ces deux grands thérapeutes expérimentés mais, je serais tenté d'apporter ici une légère touche personnelle en exprimant qu'à mon sens, il est nécessaire et indispensable de laisser le corps exprimer ses chronologies, ses hiérarchies, et ses besoins en matière de fulcrum. Ce qui sous entend que pour ma part, j'interviens toujours sans aucune idée préconçue, sans conduite à tenir, sans plan de campagne ni modus operandi d'aucune sorte. Les seuls mots d'ordre sont : disponibilité, liberté, adaptabilité et créativité. Je suis bien sûr pour les avoir beaucoup lu que ce genre d'attitude ne déplairait en rien à Harold Ives MAGOUN ou à Pierre TRICOT, et ne vient contredire en rien leur pédagogie. Une seule technique, certes, mais là où le corps la désire et l'impose en premier, puis la même technique appliquée ailleurs, et ainsi de suite.
    Ainsi donc, il suffirait d'une seule manœuvre ou du moins d'une seule technique pour pratiquer de l'ostéopathie de haut niveau, tout comme il suffirait de quelques accords pour écrire des hits intemporels. Mais comme mes amis musiciens un peu cachottiers, oublient toujours de le dire, lorsqu'ils prétendent que le Rock and roll est vraiment une musique facile à jouer, si nous pouvons effectivement faire une chanson avec un seul accord, c'est seulement à la condition sine qua non…d'obtenir le rythme adéquat. Ce qui implique une pratique instrumentale correcte, associée à un ressenti que nous pouvons également dénommer « lâcher prise ». Et c'est bien là que l'apparente facilité se complique…En ostéopathie, le problème semble de même nature : lorsqu'on évolue, on finit par n'avoir besoin que d'une manœuvre qui s'appelle « Pose ta main, calme toi, écoute et comprend. » Expression à rapprocher bien entendu du : « Be still and know. » verset de la Bible cité par les nobles prédécesseurs qu'ont été SUTHERLAND, FRYMAN ou BECKER. Mais quelle sorte de fulcrum réussirons nous à être si l'effervescence nous habite ?
    Nous pouvons bien entendu nous poser également la question de la longueur des études. Est-il vraiment indispensable d'accomplir six longues années, pour en final n'utiliser qu'une seule technique ? En fait, il semble que oui, un tel laps de temps parait nécessaire, tout d'abord pour acquérir des connaissances essentielles dans les matières fondamentales, anatomie, biomécanique, physiologie, psychologie et autres, mais également pour permettre au thérapeute de mûrir dans un environnement adéquat, en multipliant les expériences tactiles. Ce n'est donc pas au niveau de la durée des études que dans mon ouvrage Grossesse, hormones et ostéopathie je fustige quelque peu l'enseignement actuellement pratiqué dans la plupart des écoles, le grief porte plutôt sur l'enseignement d'un nombre incalculable, faramineux et fastidieux de techniques ou l'étudiant est sensé ressentir quelque chose en rapport avec une anatomie livresque, une physiologie rigoureuse, des méthodes de diagnostic étiologique précises et dogmatiques alors que le vivant est bien plus complexe et bien plus imprévisible, notamment dans sa façon de mémoriser ou de raconter les différents traumatismes qu'il aura eu à subir tout au long de sa vie. Ce que je conteste donc, essentiellement c'est le caractère hypotrophié de l'enseignement de la palpation. Sur ce sujet nous pouvons citer Pierre TRICOT qui dans son livre (déjà cité) Approche tissulaire de l'ostéopathie, un modèle du corps conscient nous dit : « La plupart des auteurs décrivent ce qu'ils sentent, sans jamais dire comment ils font pour sentir ce qu'ils sentent. Evidemment, un homme comme SUTHERLAND, immergé qu'il était dans son sujet ne se posait pas certainement pas ces questions. Les gens qui l'ont suivi les ont sans doute résolues suffisamment pour ne plus se les poser non plus. (…) Les enseignants se cantonnent donc à enseigner ce qu'ils connaissent et maîtrisent suffisamment, et c'est ainsi que la palpation a été particulièrement négligée dans l'enseignement de l'ostéopathie. »

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